Liverpool-Manchester, la renaissance par le football

D’une industrie vieillissante à un fructueux tourisme de masse, les métropoles du Nord-Ouest anglais connaissent une nouvelle ère de prospérité. Dans laquelle leurs clubs de foot jouent le premier rôle

24.01.2017

Une gigantesque toile métallique chapeaute le Manchester City Square, donnant l’impression qu’il vole en parapente. Bordant le stade, cette vaste plateforme égraine méticuleusement les 55’000 visiteurs à travers ses embranchements; bars, boutiques, billetteries, stade. Les jours de match, la logistique de l’Etihad Campus coulisse aussi adroitement que David Silva dans le dos de Kevin De Bruyne. « Je suis Américain et viens régulièrement assister aux rencontres de Manchester City. De l’achat du billet en ligne à la réservation de l’hôtel, tout est précisément organisé par le club » atteste Matt, de New York. Il ajoute : « C’est évident, le football s’apparente toujours plus à une attraction touristique. »

Reportage publié dans « Le Matin Dimanche » du 22 janvier 2017

Jetés au-delà de l’enceinte citizen, les regards ricochent sur un impressionnant assortiment de grus. Manchester, berceau de l’industrie cotonnière au 19ème siècle puis épicentre de la révolution industrielle, semble connaître de nouvelles pulsions bâtisseuses. A leur source; le beautiful game.

A Manchester, les hôtels affichent des taux d'occupation à 97% les soirs de Champion's League

« Manchester est sur le point de devenir la deuxième ville du Royaume-Uni et il ne fait aucun doute que ses succès sportifs en soient les principaux facteurs » assène Paul Walsh, administrateur de l’Hotel Football (lire ci-dessous). « D’un côté, le football place la ville sur la carte du monde, de l’autre, il booste ardemment l’économie locale. Comme City et United jouent en alternance à domicile, le flux ne fléchit jamais » développe le manager du musée de Manchester United Damian Preston. « Aujourd’hui, nos clients proviennent de 120 pays différents » compte-t-il.

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Alors que les hôtels mancuniens affichent des taux d’occupation à 97% les soirs de Champion’s League, le National Museum of Football, dominant les Cathedral Gardens depuis 2012, avale un demi-million de visiteurs par année. « C’est 5 fois plus que lorsque nous étions installés à Preston », précise le Docteur Kevin Moore, directeur de l’établissement. « Alors que nous prospections de nouveaux lieux, Manchester nous a fait savoir qu’il nous voulait vraiment, que le développement de l’offre sportive était leur priorité » agrémente-t-il.

En outre, la cité des Red Devils n’est pas la seule à avoir su se réincarner. Depuis ses gares, il suffit de filer l’une des plus anciennes lignes de chemin de fer au monde pour débarquer à Liverpool, l’autre « capitale » de l’Angleterre du Nord-Ouest. En 10 ans, le waterfront liverpuldien s’est magistralement lifté. Sur les vestiges rouillés des entrepôts portuaires a bourgeonné un luxuriant bouquet d’hôtels, de restaurants et de musées. Au cœur du complexe commercial Liverpool One, un magasin Rolex vient de subjuguer son emplacement à l’Apple Store. « Liverpool est fier de son héritage, comptant plus de bâtiments inscrits au patrimoine de l’UNESCO que n’importe quelle autre ville d’Angleterre en dehors de la capitale. Avec son centre rénové, le mariage passé-présent lui donne une identité charmeuse » juge Diane Glover, responsable marketing du fameux Beatles Story Museum de Liverpool.

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Nichée dans les Docks, l’expo’ déchire 300’000 tickets par an. Sur les bords de la Mersey aussi, le football agit en pionnier : « Le tourisme s’accroît chaque année grâce à nos deux plus fortes externalités : les Beatles et le Liverpool FC. S’ils rayonnent depuis des décennies déjà, un cercle vertueux s’est aujourd’hui mise en place. Tandis que le football et la musique déclenchent l’intérêt touristique, la qualité des attractions récemment développées le décuple » explique Diane Glover. Elle admet : « Cela fait beaucoup de bien à notre économie. »

Les Beatles ont sauvé le monde de l'ennui. Depuis, c'est le football le divertit.

Car les deux métropoles d’environ 500’000 habitants, dont les clubs majeurs s’affrontent sous le titre du Derby of England, reviennent de loin. Prospères en période victorienne, elles ont atrocement souffert de la désindustrialisation survenue à la fin des années 70, éloignant usines et emplois de leur population. A la fois lénifiante et festive, une nouvelle scène musicale profite alors du marasme pour s’imposer : « Avec le merseybeat des Beatles ou les succès de The Smiths à Manchester, la musique populaire a redonné vie à une région meurtrie. 30 ans après la sombre tragédie d’Hillsborough, la popularité renouvelée de la Premier League redynamise à son tour culture et économie » compare Kevin Moore.

Aux côtés de Penny Lane et du Cavern Club chers aux Fab Four, une nouvelle mythologie de lieux opère désormais à Anfield ou Old Trafford. Chaque saison, 350’000 touristes visitent ces mythiques arènes. « Les Beatles ont sauvé le monde de l’ennui », lançait George Harrison. Depuis, c’est le football qui le divertit.

Société

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